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Catégorie : OPINIONS
MEON vs Dieudonnée Essomba

Le point de vue d’Arlette Framboise Doumbe Ding sur un débat ayant opposé Dieudonné Essomba et Mathias Owona Nguini.

"Ce matin je suis tombée par hasard sur une vidéo montrant un débat houleux entre les deux hommes au sujet de la guerre du NOSO. L'un d'eux essayant de montrer que c'est le fédéralisme qui sauvera le Cameroun de la sécession. L'autre soutenant qu'il n'y a pas d'autres solutions au NOSO que la guerre contre les sécessionnistes.

Si vous avez bien écouté Mathias Eric Owona Nguini (MEON) lors des échanges, il raisonne comme si le fédéralisme est un cadeau qu'on offrirait aux anglophones.

Un peu comme ceux qui pensent que la bonne gouvernance est une faveur qu'on accorderait à ceux qui manifestent contre la mal gouvernance. C'est juste pathétique.

J'ai constaté avec regret qu'au delà d'une simple affirmation, MEON n'a jamais su être démonstratif en montrant en quoi l'adoption du fédéralisme déboucherait sur la partition sécessionniste du Cameroun. Il a passé son temps à crier, à réciter des extraits de cours pour impressionner l'opinion. Ce que j'ai attendu jusqu'à la fin du débat ce sont des arguments qui ne sont jamais venus. Je voulais savoir pourquoi il affirme trop facilement que le fédéralisme déboucherait sur la perte du NOSO. Je suis restée sur ma fin parce qu'il n'a rien produit comme arguments au soutien de cette thèse. Il est demeuré évasif et presque perdu dans ses arguties.

Après ce constat donc, j'aimerais humblement dire que dans les conditions actuelles, le fédéralisme est la condition du développement du Cameroun. Et le développement du Cameroun n'est pas une faveur accordée aux anglophones. On peut tout au plus dire que le fédéralisme permet de résoudre au moins deux problèmes : la guerre du NOSO et la question du développement entre autres.

Nous avons par ailleurs vu comment en 40 ans de règne de Biya qui concentre à lui tout seul tous les pouvoirs, le tribalisme d'Etat à fini par détruire le sentiment national par le lot d'injustices qu'il charrie. Si bien qu'un nombre important de Camerounais ne réfléchit aujourd'hui qu'en terme d'ethnies. Le fédéralisme apparaît dès lors comme l'une des meilleures réponses à cette pratique ségrégationniste qui menace l'unité nationale et donc la portée serait fortement diminuée par la déconcentration du tout puissant pouvoir central qu'offre le fédéralisme. Et en tant que pont vers la société de justice, le fédéralisme est le meilleur gage pour une paix pérenne au Cameroun.

Donc la société de justice qui peut naître du fédéralisme n'est pas une faveur accordée aux sécessionnistes anglophones. C'est une nécessité imposée par les injustices et la mal gouvernance ambiante. C'est la condition de la paix au Cameroun. Car il ne faut pas perdre de vue que si la guerre ne s'était pas déclenchée au NOSO, elle aurait pu, et peut même d'ailleurs encore, se déclencher ailleurs au Cameroun à cause des frustrations nées des injustices qui s'amoncellent chaque jour davantage dans notre pays et sous nos yeux.

C'est pourquoi de mon point de vue, Mathias Owona Nguini a fait preuve de beaucoup de légèreté dans ce débat avec Dieudonné Essomba en faisant une fixation maladive sur une guerre dont absolument rien ne garantit l'issue. Parce que l'essentiel n'est pas de gagner la guerre contre les sécessionnistes. L'essentiel c'est de gagner la guerre contre l'injustice qui nourrit la sécession. Aujourd'hui on parle de la sécession anglophone. Demain ce pourrait être la sécession nordiste ou Sawa ou Bamileke, etc. Car l'injustice que certains soutiennent par naïveté ou par méchanceté est le principal carburant des sécessions.

Owona Nguini fait une fixation sur la guerre contre les sécessionnistes comme si celle-ci pouvait ramener une paix durable au Cameroun. C'est-à-dire qu'il fait une sorte d'acharnement sur les conséquences en oubliant la cause. Or cette cause ce sont les frustrations nées de l'injustice.

Comment y faire face ?

En livrant prioritairement une guerre sans merci contre l'injustice qui règne dans la gouvernance du Cameroun en général et celle dont est victime les anglophones en particulier. Cela suppose qu'on développe une bonne qualité d'écoute... Qu'on sache écouter dans ce pays et qu'on écoute ceux qui crient à l'injustice pour connaître leurs désidératas et regarder le cas échéant la cause de ces injustices. Or cela passe par le dialogue qu'on n'a jamais organisé de façon sérieuse sur les questions qui fâchent : la forme de l'Etat, et même le système électoral.

Certains me diront qu'on a organisé le grand dialogue national à Yaoundé. Cela me ferait rire parce que j'ai envie de demander de quoi a-t-on parlé lors de ce grand dialogue après avoir pris des dispositions, comme nous le savons , pour écarter les sujets qui touchent les vrais problèmes du Cameroun d'aujourd'hui, à savoir la forme de l'Etat et le système électoral ? Dès que vous enlevez ces deux sujets des débats sur les problèmes du Cameroun, il ne vous reste plus que de la blague. C'est pourquoi il ne faut jamais avoir peur de dire que le grand dialogue national organisé à coup de milliards à Yaoundé prétendument pour ramener la paix au NOSO était une grosse blague. Sans doute la blague de trop.

Pour revenir au débat entre Dieudonné Essomba et Mathias Eric Owona Nguini, sans hésiter je donnerai Dieudonné Essomba vainqueur sur la base de ce qui précède. Il a parfaitement raison de dire que le fédéralisme est le meilleur chemin pour arrêter la guerre du NOSO. Il explique avec la force des arguments que le fédéralisme s'il était proclamé ou adopté, les sécessionnistes se verraient fortement handicapés, amputés de leur base traditionnelle, voir isolés par le fait de l'adhésion de la majorité des anglophones à cette forme de l'Etat qui leur tient à cœur. Face au poids massif de cet argument, Mathias Owona n'a rien opposé de pertinent. Tout ce qu'il à développé par la suite c'est son art oratoire pour sauver la face. Tellement son discours va-t-en guerre était creux. Car n'invalidant pas la pertinence du fédéralisme comme solution à la guerre du NOSO et ne montrant pas avec clarté où va le Cameroun avec l'option de la guerre alors même qu'on n'a jamais exploré sérieusement l'option du dialogue.

J'ai écouté jusqu'à la fin ce débat au cours duquel Mathias Eric Owona a fait de son mieux pour plaire à Yaoundé. Ce sont peut être les effets du chantalisme-biyaïsme. Il demeure qu'il n'a pas été aussi convaincant que Dieudonné Essomba qui a su être cohérent et démonstratif.

Il y a une différence entre crier plus fort que son vis-à-vis et soutenir ses idées par des arguments convaincants.

Non aux injustices et à la guerre du NOSO.

Non au tribalisme d'Etat et à la mal gouvernance.

Oui à un dialogue inclusif sur la forme de l'Etat et le système électoral au Cameroun.

Oui à la démocratie et au vivre ensemble authentique"

AFDD

Arlette Framboise Doumbe Ding