Dans le cadre de la 9ème édition du SIARC 2026 au musée national de Yaoundé, nous avons rencontré le 27 juillet 2026 Bahbou Abdarzak, chef de la délégation algérienne, l'un des deux pays invités d'honneur.
Centrifuge Hebdo : Bonjour Monsieur le SG du ministère du Tourisme et de l'Artisanat. En tant que pays à l'honneur, quel est votre sentiment après l'ouverture du SIARC ?
Bahbou Abdarzak : Bonjour. Au niveau des autorités camerounaises, avec à leur tête le président Paul Biya, le Premier ministre, et le ministre de l’Artisanat, nous disons merci de nous avoir invités à cette neuvième édition du Salon international de l’artisanat, en tant qu’invité d’honneur. On est très très sensible à cette invitation et nos autorités ont mis le paquet et ont décidé que l’Algérie soit présente et fortement représentée à ce salon. Depuis 1996, l’Algérie a pris en main le secteur de l’artisanat. Tout d’abord par l’instauration d’une ordonnance, un dispositif juridique et réglementaire suivi directement de 14 décrets d’application servant à mettre de l’ordre dans un secteur non organisé. À partir de là, on a commencé à mettre les bases : c’est quoi l’artisanat ? Qu’est-ce qu’on veut de notre artisanat ? Quel artisanat nous souhaitons ?
Ensuite, des experts ont mis en place une stratégie reposant sur des textes. On a créé un ministère du Tourisme et de l’Artisanat, parce qu’ils vont ensemble. Tout ce qui est tourisme appelle à l’artisanat et tout ce qui est artisanat appelle au tourisme. Ils se complètent.
Le ministère de l’Artisanat organise toute l’action artisanale au niveau local. Nous avons aussi les Chambres de l’Artisanat et des Métiers, dédiées aux infrastructures, équipements, personnels qui encadrent les artisans. L’Algérie est très vaste et les artisans sont présents jusqu’au niveau des départements. Ce sont des artisans qu’on ne voit pas, les femmes qui fabriquent, qui sont dans les maisons. Ce sont des artisans qui tissent, qui font de la poterie, qui font des plats traditionnels, mais qu’on ne voit pas. Grâce à l’arrangement mis en place, on est arrivé à les toucher, à les organiser, à les structurer.
On a aussi mis l’accent sur les jeunes, en les aidant à faire leurs propres ateliers. Ils sont financés par une agence, avec des avantages administratifs, fiscaux et parafiscaux pour leur permettre de se lancer.
Dans un deuxième temps, je vais expliquer comment on a démarré dans l’artisanat. Les artisans qui vont garder cette authenticité, cet artisanat traditionnel, on les a dénichés et c’est eux qu’on a encadrés. Ils sont devenus aujourd’hui des maîtres artisans. Ils travaillent toujours en tant qu’artisans et ce sont eux qui forment les jeunes artisans. Les jeunes s’intéressent à la dinanderie, à la céramique, un peu à tout, mais comme ils ne sont pas formés, il faut les encadrer. Pour ce faire, nous avons 95 écoles qui forment les jeunes artisans chaque année, près de 9 000 à 10 000 candidats par session. A partir de là, ils ont leurs diplômes et ils peuvent prétendre à une carte.
Qu’est-ce qui est proposé aujourd’hui au niveau de ce salon pour cette dernière édition par l’Algérie ?
Bahbou Abdarzak : On est en train de discuter des termes, avec les experts camerounais et les experts algériens. Nous souhaitons faire des échanges d’experts, des échanges d’expériences, et pourquoi pas, instaurer des bourses aussi. Des bourses pour que des Camerounais viennent se former en Algérie. Nous disposons d’écoles et de formateurs. Nous pouvons aussi envoyer des formateurs ici, pour faire des sessions de formation pour les artisans dans différentes spécialités que le ministère de l’Artisanat camerounais va cibler par rapport à notre salon. Je remarque qu’ils sont très intéressés par la céramique, les bijoux, les tenues. Si le Cameroun exprime sa volonté, on est prêt d’envoyer des experts, d’envoyer des formateurs et d’accueillir également des artisans, des étudiants artisans et des gens qui veulent devenir des maîtres artisans. Parce qu’en Algérie, nous avons tout ce panel. On peut les former, on peut les orienter même sur les points de la numérisation.
Aujourd’hui en Algérie, les artisans sont recensés. Nous avons un fichier national. Ils ont leur carte d’artisanat numérique. Tous les artisans ont leur carte. On les connaît tous. Ils sont dans une base de données. Ils ont les facilitations avec les autres départements ministériels, avec les banques et autres. Tout a été mis en place pour faciliter la tâche aux artisans. Pour les produits, j’ai eu à discuter avec certains artisans, parce que nous avons pas mal d’artisans qui importent la matière première.
Beaucoup d’artisans qui ont fait la demande. Il y a même des cadres ici qui vont voir quels sont les produits de matière première et les produits de l’artisanat qu’on pourrait éventuellement ramener en Algérie. Parce que vous savez, les produits qu’ils ramènent généralement sont chers et très chers. Or l’artisanat ne peut pas se permettre ça. C’est la raison pour laquelle on préfère qu’il y ait des échanges en matière première. Nous aussi nous avons des matières premières qu’on peut exporter. Pourquoi ne pas faire des trocs à travers la Chambre Nationale de l’Artisanat ou l’Agence Nationale de l’Artisanat Traditionnel ? Ils peuvent être un trait d’union entre tout ce qui est produit et matière première, que ce soit au Cameroun ou en Algérie, pour faire des échanges, des trocs par exemple. Et à partir de là, bien sûr, un maillage va se créer naturellement. Et on n’aura pas besoin de les encadrer. Je sais que tout partira à partir de là.
Monsieur le secrétaire général, avant de sortir, je voudrais vous poser cette question. Vous parlez de maillage, et la thématique de cette année ici à la neuvième édition, c’est bien le maillage entre la modernité, les innovations, la tradition. Est-ce que cela colle aussi avec la vision de l’artisanat algérien ?
Bahbou Abdarzak : Oui, oui, oui. Nous avons des artisans qui sont dans la technologie. Ils produisent des articles grâce à des machines de très haute technologie. On n’a pas pu les faire venir ici parce que le matériel est assez volumineux.
Il y a chez nous des ateliers d’artisanat de pointe, c’est de l’artisanat mais avec des machines très développées. Mais la majorité des artisans travaillent à la main.
Comme j’ai dit tout à l’heure à la presse, le travail que fait l’artisan, c’est toujours un travail de cœur. Quand vous voyez son produit, vous sentez que c’est fait avec du cœur, il y met tout. Surtout, on est à l’ère de la technologie. Des fois, il veut faire un produit artisanal mais moderne, avec des produits du terroir.
Merci à vous.
Entretien réalisé par Clément Noumsi




