A Yaoundé, 05 Août 2026, ce n’est pas un simple mouvement d’humeur devant l’esplanade du ministère de l’Enseignement supérieur. Le SYNES (Syndicat national des enseignants du supérieur) a choisi de sonner l’alarme. Pour le syndicat, l’avenir même du pays se joue dans les universités.
"L’enseignement supérieur n’est pas une option"
Le message est porté par le Pr Roger Fopa Kuete de l’Université de Maroua. "La décision du SYNES de faire un sitting est une alerte à l’adresse du gouvernement de la République. Pour dire que l’enseignement supérieur n’est pas une option pour une nation moderne. Les défis sont grands, les défis sont immenses" déclare-t-il.
Pour le professeur, ce moment est critique. Il va "déterminer l’avenir de notre pays en général, du point de vue de son positionnement dans le monde en ce qui concerne le marché des savoirs".
Quand les enseignants quittent les labos pour la rue
Le SYNES juge "dommageable" et "dangereux" qu’on en soit encore à discuter de paie et de financement en 2026. "Discuter de la paie et sortir les enseignants au-delà des campus, de leurs laboratoires... il faudrait que ces laboratoires soient équipés. Mais les sortir de leurs laboratoires signale que nous sommes à un moment extrêmement critique de l’histoire de la vie intellectuelle de notre pays", alerte le Pr Fopa Kuete.
Il évoque aussi "cet exode ou cette immigration massive des intellectuels de notre pays". Un signal que le syndicat ne peut plus ignorer : "On ne touche pas à l’enseignement supérieur."
Pour le SYNES, toucher à l’université, c’est toucher au bien le plus précieux de la nation. "L’enseignement supérieur est le bien le plus précieux d’une nation parce que c’est là que se construit l’ensemble des savoirs et c’est là que se décidera l’avenir de notre pays".
Dans un monde où "le marché des connaissances se veut désormais endogène", le Cameroun ne peut pas se permettre de précariser ses chercheurs. Que ce soit au plan stratégique, politique ou militaire, le pays a besoin de savoirs construits de l’intérieur.
Les revendications du quotidien
Au-delà des grands enjeux, le SYNES ramène le débat au concret : "Nous espérons que des mesures urgentes seront prises afin qu'aucun enseignant ne se retrouve plus jamais dans l'impossibilité de se rendre à son travail normalement, qu’il ne puisse pas payer son loyer ou qu’il ne puisse pas simplement s’acheter un ordinateur ou se connecter à internet pour pouvoir répondre aux exigences du monde actuel."
Un geste citoyen et patriotique
"Le sitting n’est pas une menace. C’est un geste citoyen, un geste patriotique adressé aux hommes de pouvoir" pour qu’ils s’arrêtent un moment pour considérer l’urgence", explique le professeur.
Le SYNES attend du gouvernement des actes forts pour éviter que l’université camerounaise ne décroche définitivement. "Le monde change à une vitesse beaucoup trop rapide. On ne peut pas se retrouver dans cet état de précarisation", dixit le Pr Roger Fopa Kuete, Université de Maroua.




