Secteur aurifère : Fuh Calistus Gentry et les travaux d'hercules  | Crédit photo : CN
 Secteur aurifère : Fuh Calistus Gentry et les travaux d'hercules  | Crédit photo : CN

La conférence de presse conjointe du MINCOM et du MINMIDT a permis de dévoiler la stratégie gouvernementale pour transformer nos ressources minières en un pilier véritable de la vision 2035 cher au chef de l’État.

Depuis sa prise de fonction à la tête du ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Fuh Calistus Gentry enchaîne les chantiers. Ce mercredi 15 juillet 2026, à l'occasion de la conférence de presse conjointe avec le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, le MINMIDT a  dévoilé le "nouveau visage" du secteur minier camerounais.

Loin des discours d’intention, le patron des mines a présenté une feuille de route claire : assainir, industrialiser, et faire en sorte que les richesses du sous-sol profitent d’abord aux nationaux. Une ambition qui, si elle est tenue, fera du Cameroun un acteur majeur des minéraux critiques en Afrique.

La carte minière à peaufiner

Le premier signal fort envoyé par Fuh Calistus Gentry concerne l’accélération des grands projets miniers. Après des années de tâtonnements, plusieurs gisements stratégiques entrent dans une phase décisive.

Sur le fer, deux mastodontes sont désormais sur les rails : le projet de Bipindi-Grand Zambi dans le Sud, et celui de Kribi-Lobé. Porté par une société à 100 % camerounaise, le projet de Grand Zambi est particulièrement symbolique. Il incarne la volonté affichée du gouvernement de renforcer la participation nationale au capital des grandes exploitations.

Dans l’Adamaoua, le projet d’exploitation industrielle de la bauxite de Minim-Martap poursuit sa montée en puissance. Ce minerai, indispensable à la production d’aluminium, est au cœur de la stratégie de valorisation locale. Même logique à l’Est avec l’exploitation industrielle de l’or de Colomine, dont l’objectif affiché est d’accroître les capacités de production tout en mettant fin à la saignée des circuits informels.

Et ce n’est qu’un début. Pour l’année 2026, le MINMIDT annonce le démarrage de plusieurs autres chantiers : le fer de Mbakaou dans l’Est, le cobalt et le Nickel dans le Sud, l’or de Bétaré-Oya et la bauxite de Ngaoundal dans le Grand-Nord. 

Au-delà des métaux classiques, le Cameroun mise gros sur les minéraux critiques et les terres rares. Ces ressources, reconnues comme essentielles pour la transition énergétique, sont aujourd’hui fortement sollicitées par les plus grandes sociétés minières mondiales. "Le passage d’un modèle basé sur les énergies fossiles vers un système fondé sur des sources d’énergie renouvelables et décarbonées place notre pays au centre des enjeux géostratégiques", a souligné le ministre. L’objectif est clair : hisser le Cameroun au premier rang africain sur ces 10 minéraux stratégiques.

Assainir pour mieux conquérir

Si les perspectives sont belles, Fuh Calistus Gentry a tenu à être lucide. Le tableau n’est pas parfait. Lors de son propos liminaire, relayé par René Emmanuel Sadi, le ministre a pointé du doigt un mal profond : la persistance d’activités minières artisanales mécanisées qui échappent au cadre légal, fiscal et environnemental. Un rapport dévoilé le 13 mai dernier qualifie même la situation de "préoccupante".

Face à ce constat, le gouvernement a décidé de prendre "toute la mesure de ses responsabilités". La restructuration du secteur repose sur six mesures phares, qui constituent le cœur de la réforme.

Primo, la mise en conformité administrative et fiscale de tous les opérateurs. Fini le temps où l’on pouvait exploiter sans payer ses impôts ni respecter le cahier des charges.

Secundo, l’instauration d’une caution environnementale. Chaque exploitant devra désormais payer une garantie destinée à assurer la réhabilitation des sites après exploitation. Une manière de responsabiliser les acteurs et de protéger les générations futures.

Tertio, le renforcement de la participation des nationaux dans les entreprises du secteur. L’État veut des champions camerounais capables de porter les grands projets.

Quarto, l’instauration de seuils minimaux de production et de livraison. L’idée est de lutter contre la thésaurisation des permis et de forcer les détenteurs à produire réellement.

Quinto, la modernisation des techniques de traitement. Il s’agit de sortir des méthodes archaïques et polluantes pour adopter des technologies plus performantes et plus propres. Enfin, l’amélioration de la traçabilité de l’or produit et exporté. La disparition de l’or et l’insuffisance des déclarations ont coûté trop cher à l’État. Désormais, chaque gramme devra pouvoir être tracé de la mine au port.

Parallèlement, le ministre a insisté sur la nécessité de "clarifier les responsabilités institutionnelles" et de ramener les "permis de recherche à leur vocation première". En clair, un permis de recherche doit servir à chercher, et non à spéculer.

En faire un pilier du développement

Pour Fuh Calistus Gentry, ces réformes ne sont pas une fin en soi. Elles s’inscrivent dans une vision plus large portée par le chef de l’État, Paul Biya : faire du secteur minier un pilier de la Stratégie nationale de développement SND 2020-2030 et de la vision 2035.

"Les grands chantiers engagés ne sont pas de simples projets extractifs", a martelé le ministre. Ce sont "des milliers d’emplois directs et indirects, un transfert de technologie indispensable et des retombées fiscales majeures pour le budget de l’État". L’enjeu est donc social autant qu’économique. La réforme se veut aussi sociale, car elle doit générer davantage d’emplois formels et des retombées directes pour les populations riveraines.

René Emmanuel Sadi, en coanimateur de la conférence, a abondé dans ce sens. Pour le MINCOM, il s’agit de mieux communiquer sur cette "embellie voulue et entretenue" par le MINMIDT. Le message est simple : le Cameroun a les ressources, il se dote désormais du cadre institutionnel pour les exploiter de manière rationnelle et rigoureuse.

"Le gouvernement poursuit la mise en œuvre de sa politique en matière de développement des minéraux critiques. Notre cadre institutionnel doit être performant et suffisamment attractif pour les grands investisseurs", a rappelé René Sadi. Mais attractif ne veut pas dire laxiste. La ligne rouge est tracée : "L’abondance de nos richesses ne saurait en aucun cas justifier le désordre ou la spoliation de notre bien commun".

Le défi de la mise en œuvre

Le discours est séduisant. Les projets sont concrets. Les réformes sont ambitieuses. Le "nouveau visage" du secteur minier camerounais commence à prendre forme sous l’impulsion de Fuh Calistus Gentry. Entre la volonté politique affichée au plus haut sommet de l’État et la réalité du terrain, il reste cependant un pas à franchir : celui de la mise en œuvre effective.

Assainir un secteur où l’informel a longtemps prospéré, imposer de nouvelles règles à des opérateurs habitués à la facilité, garantir que les retombées bénéficient réellement aux populations locales... Le chantier est immense. Mais comme l’a rappelé le MINMIDT, il n’a pas de temps de répit. Le Cameroun veut jouer dans la cour des grands. Et pour cela, il mise tout sur ses mines.

Pour le MINCOM, "Nous entrons dans une nouvelle ère. Une ère de transparence, de responsabilité et de résultats pour le peuple camerounais".

Copyright © 2018 - 2026 Centrifuge Hebdo | All rights reserved